Libreville, le 13 Mai 2026.Alors que les élections professionnelles 2026 continuent de susciter une vive controverse au sein de l’administration publique gabonaise, le Syndicat National des Magistrats du Gabon et le Syndicat National des Greffiers maintiennent leur rejet d’un scrutin qu’ils jugent juridiquement fragile et entaché d’irrégularités.
Dans ce climat de tension institutionnelle, marqué par des accusations de violation de la hiérarchie des normes et d’inconstitutionnalité de certains actes réglementaires, le Secrétaire général de la Fédération des Travailleurs du Gabon (FETRAG), Jocelyn Louis Ngoma, apporte un soutien clair à la position des magistrats et greffiers.
Dans cet entretien accordé à la Presse Judiciaire Gabonaise, il estime que les inquiétudes soulevées par les syndicats judiciaires reposent sur des fondements juridiques sérieux et appelle officiellement à l’annulation du scrutin actuel ainsi qu’à sa reprise dans un cadre « harmonisé, transparent et juridiquement sécurisé ».
Question 1 :Comment la Fédération des Travailleurs du Gabon apprécie-t-elle la décision du SYNAMAG et du SYNAGREF de rejeter les élections professionnelles 2026 pour des motifs liés à la légalité et à la constitutionnalité du processus ?
Réponse de Jocelyn Louis Ngoma :La FETRAG considère que la position exprimée par les organisations syndicales du corps judiciaire, notamment le Syndicat National des Magistrats du Gabon et le Syndicat National des Greffiers, doit être analysée avec sérieux et sens de l’État de droit.Lorsqu’un corps aussi structuré et institutionnel que celui de la magistrature et des greffes interroge la légalité d’un processus électoral, il s’agit d’un signal juridique et institutionnel qui mérite une attention particulière.
Pour autant, il convient de distinguer clairement deux niveaux d’analyse. D’une part, le principe même des élections professionnelles s’inscrit dans une dynamique de modernisation de la démocratie sociale et de consolidation de la représentativité syndicale au Gabon. D’autre part, les difficultés soulevées concernent davantage les conditions de mise en œuvre du processus que son principe.
La FETRAG soutient donc la position des magistrats et greffiers sur la nécessité de rejeter un scrutin organisé dans un cadre juridique contesté. Elle appelle clairement le gouvernement à procéder à l’annulation du scrutin actuel et à sa reprise dans les meilleures conditions possibles, pour une question d’honneur institutionnel, dans un cadre harmonisé, transparent et juridiquement sécurisé.
Question 2 :Les magistrats et greffiers évoquent une violation de la hiérarchie des normes ainsi qu’un excès du pouvoir réglementaire des ministres. Considérez-vous que ces arguments reposent sur des fondements juridiques sérieux ?
Réponse de Jocelyn Louis Ngoma : Ces arguments reposent sur des principes classiques et sérieux du droit public, notamment la hiérarchie des normes, la compétence de l’autorité réglementaire et le respect du cadre légal applicable au droit syndical dans la fonction publique.
Ils doivent donc être examinés avec rigueur par les juridictions compétentes, dans le cadre du contrôle de légalité.Cela étant, en l’état du droit administratif, les actes réglementaires bénéficient du principe de présomption de légalité tant qu’ils n’ont pas été suspendus ou annulés.
Par ailleurs, les conventions internationales de l’Organisation Internationale du Travail, notamment les conventions 87, 98 et 144 ratifiées par le Gabon, consacrent les principes de liberté syndicale, de représentativité et de dialogue social, qui constituent également un socle d’interprétation du droit interne.
Question 3 :Le refus des syndicats judiciaires de participer à ces élections peut-il, selon vous, fragiliser la crédibilité institutionnelle du scrutin professionnel organisé par l’État ?
Réponse de Jocelyn Louis Ngoma : Le retrait ou la contestation d’organisations syndicales relevant du corps judiciaire peut effectivement influencer la perception de crédibilité et de légitimité du processus électoral.
Toutefois, il serait réducteur d’imputer cette fragilisation uniquement aux positions syndicales. Elle résulte également des insuffisances constatées dans la conduite opérationnelle du processus par la Commission nationale des élections professionnelles et les services techniques compétents.
Ces insuffisances concernent notamment la clarté des textes, la coordination institutionnelle, la gestion des recours ainsi que la communication globale autour du processus.
Question 4 :Face aux accusations de “flou juridique” et d’“insécurité normative”, estimez-vous qu’un ajournement du processus électoral aurait été préférable afin d’éviter un éventuel contentieux administratif ou constitutionnel ?
Réponse de Jocelyn Louis Ngoma :Au regard des difficultés observées, la FETRAG estime qu’une annulation suivie d’une reprise du scrutin dans des conditions juridiquement et techniquement mieux maîtrisées constitue la solution la plus responsable.
Une réforme de cette nature, touchant à la représentativité syndicale et à l’architecture du dialogue social, requiert une préparation approfondie et un consensus technique solide.
La démocratie sociale ne peut être consolidée durablement dans l’improvisation administrative.
Question 5 :Quel message la Fédération des Travailleurs du Gabon adresse-t-elle aujourd’hui au gouvernement, aux organisations syndicales et aux travailleurs, dans un contexte où la légalité des élections professionnelles fait débat jusque dans les corps judiciaires eux-mêmes ?
Réponse de Jocelyn Louis Ngoma :La FETRAG appelle à la responsabilité, au dialogue institutionnel et à la reconstruction d’un cadre de démocratie sociale stable et crédible.
Elle invite le gouvernement à tirer les enseignements des dysfonctionnements constatés et à engager une refondation concertée du dispositif électoral, fondée sur la compétence, la transparence et la sécurité juridique.
Elle appelle formellement à l’annulation du scrutin actuel et à sa reprise dans des conditions rigoureuses, harmonisées et conformes aux exigences d’un État de droit, pour une question d’honneur institutionnel et de crédibilité de la démocratie sociale.Elle encourage les organisations syndicales, y compris celles du corps judiciaire, à privilégier les voies de droit et la concertation afin de garantir la stabilité du dialogue social.Enfin, elle rappelle aux travailleurs que la démocratie sociale est une construction progressive qui exige des institutions solides, des règles harmonisées et des acteurs légitimes, capables de porter efficacement la représentation des intérêts professionnels.
Et pour conclure,à travers cette sortie publique, Jocelyn Louis Ngoma apporte un soutien assumé au Syndicat National des Magistrats du Gabon et au Syndicat National des Greffiers dans leur rejet des élections professionnelles 2026.Sans remettre en cause le principe de la représentativité syndicale, la Fédération des Travailleurs du Gabon estime néanmoins que les insuffisances juridiques et administratives dénoncées par les syndicats judiciaires compromettent la crédibilité du scrutin.
L’appel de la FETRAG à l’annulation du processus actuel et à sa réorganisation dans un cadre juridiquement sécurisé pourrait ainsi renforcer la pression institutionnelle autour d’un dossier désormais placé au cœur du débat sur l’État de droit et la démocratie sociale au Gabon.


Leave feedback about this